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Jo March, héroïne féministe

À quoi reconnait-on un grand classique de la littérature ? Au nombre de fois où celui-ci a été porté sur les écrans. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai mais cela fait assurément partie des critères, selon nous. À cet égard, on peut donc considérer que Les Quatre Filles du Docteur March est l’un des plus grands succès littéraires de tous les temps. Avec 6 adaptations sur grand écran et pas moins de 5 productions télévisées depuis sa parution en 1868, le roman ne cesse d’inspirer. La dernière adaptation en date se distingue par sa vision moderne et surtout, le message féministe de l’autrice, plus affirmé encore dans la bouche de Jo March.

De génération en génération, nombreux sont les cinéastes qui ont voulu exprimer leur vision et leur interprétation de la famille March. À première vue, l’histoire n’a rien d’exceptionnel pourtant. Mais cela lui confère peut-être une sorte de caractère intemporel et différents degrés de lecture possibles.

De quoi ça parle déjà ?

Les Quatre Filles du Docteur March est un roman américain écrit par Louisa May Alcott à la fin du 19e siècle. Il retrace le parcours de 4 soeurs dans une Amérique en pleine guerre de Sécession. Meg, Jo, Beth et Amy grandissent dans une famille modeste et aident leur mère tandis que leur père, pasteur, est parti au front. Chacune a un caractère bien marqué et des aspirations très différentes.

Les Filles du Docteur March

(Attention, spoilers !) Meg est comme une seconde mère. Très maternelle et protectrice envers ses sœurs, elle a un côté traditionnel et espère faire un bon mariage. Beth est la plus douce et la plus réservée de la famille. Mélomane, elle est aussi la plus fragile et succombera malheureusement à la scarlatine. Amy est une enfant capricieuse et vaniteuse. Passionnée par l’art, elle deviendra une vraie “femme du monde”. Enfin, Jo est la plus impulsive. C’est l’électron libre de la famille. Elle rêve de devenir écrivain et rejette les conventions imposées aux jeunes filles de son époque. Ce côté rebelle est exploité dans toutes les adaptations du roman mais la dernière en date lui a donné une résonance encore plus forte.

Jo March, un personnage féministe moderne

En effet, dans Les filles du docteur March, sorti en ce début d’année, la réalisatrice Greta Gerwig a donné un côté encore plus engagé au discours de Jo March. Le personnage, interprété cette fois-ci par Saoirse Ronan, se questionne davantage sur la position des femmes dans la société et s’affirme plus que jamais. Alors que cette femme fut imaginée il y a plus de cent ans, ses considérations sont toujours d’actualité et résonnent encore pour les femmes de 2020. Ainsi, par exemple, dès les premières minutes, elle apparaît à l’écran, en pleine négociation, face à un homme, pour réussir à valoriser son travail.

Au fil des séquences, elle ne cesse d’exprimer son envie de liberté, sa lassitude face aux conventions sociales qui ne voudraient voir les femmes exister qu’à travers le mariage. Tout cela finit par exploser dans cette magnifique scène qui résume parfaitement le message que Jo March veut faire passer. «Les femmes ont un esprit et une âme, et pas uniquement un cœur. Elles sont ambitieuses et talentueuses, et pas uniquement belles. J’en ai tellement marre d’entendre que le seul objectif d’une femme est de trouver l’amour.» Là où Greta Gerwig se distingue des adaptations précédentes, c’est qu’elle montre également la complexité d’une telle façon de penser, à l’époque, en ajoutant la réplique : “Mais je me sens tellement seule”.

Le message féministe retranscrit jusque dans les costumes

Evidemment, les dialogues du film, tirés principalement du roman original, transmettent la passion et l’engagement de Jo. Mais tout cela est également accentué par les costumes du film. Réalisés par Jacqueline Durran, une spécialiste des costumes d’époque, ils transpirent la personnalité bien distincte de chacun des protagonistes.

Ainsi, Saoirse Ronan, à l’inverse de ses camarades de jeu, ne porte pas de corset. Son dressing s’articule autour de blazers, de chemises et de foulards noués autour du cou. Des vêtements empruntés au vestiaire masculin comme des vestons et des pantalons. La costumière révèle même avoir créé des pièces en double pour les partager avec Thimothée Chalamet, incarnant Laurie à l’écran.

Jo March Pantalon

Jo March et Laurie Costumes

Jacqueline Durran, une spécialiste du genre

Comme à son habitude, Jacqueline Durran a imaginé des costumes qui servent le propos du film et permettent d’affirmer chaque personnage. Rien d’étonnant lorsque l’on sait que c’est à elle que l’on doit les costumes de l’adaptation de La Belle et la Bête. Adaptation dans laquelle Emma Watson incarne une version plus féministe de Belle. Une version où elle aide son père, invente des choses elle-même, apprend à lire aux jeunes filles du village… Là encore, on oublie le corset et on redouble d’astuces pour moderniser ses robes et les rendre aussi pratiques qu’esthétiques.

Au cinéma, des costumes réussis sont des costumes qui retranscrivent la personnalité des personnages au premier coup d’œil. Des costumes qui permettent aux acteurs de se glisser dans la peau d’un autre encore plus facilement. Jacqueline Durran réussit ce tour de maître à chaque fois et est passée experte dans l’art d’habiller des femmes de caractère. Aux côtés de Greta Gerwig, elle a prouvé que Jo March, cette héroïne d’un autre siècle, est finalement une féministe intemporelle.

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Vous savez qui était aussi un personnage féministe ? Rachel Green, dans Friends. D’ailleurs, Ralph Lauren l’a bien compris en s’inspirant de la New-Yorkaise pour sa dernière collection : le dressing parfait de la femme active d’aujourd’hui. On vous montre ?